Troisième Grande Idée pour comprendre la météolorogie


Dans les deux billets précédents, nous avons mis en avant deux grandes idées :

I – Interroger la météorologie, dans l’intention banale de savoir ‘ le temps qu’il va faire ? ‘, c’est essentiellement scruter l’atmosphère terrestre pour tenter de prévoir l’évolution dans le temps de deux paramètres fondamentaux : la pression atmosphérique et la température de cette atmosphère.

II – Nous avons identifié le moteur unique gouvernant les grandes évolutions dans l’espace et le temps de l’atmosphère terrestre. Il s’agit du rayonnement thermique dispensé par notre étoile, le Soleil, dont nous avons montré que l’énergie est reçue d’une manière inégale en fonction de la latitude et du moment dans le temps .

Nous sommes encore terriblement loin de pouvoir tenter de répondre à la question du temps qu’il va faire !  La troisième grande idée pour progresser dans la compréhension de la dynamique de l’atmosphère terrestre est la suivante :

La dynamique de l’atmosphère terrestre est soumise aux lois physiques gouvernant les phénomènes de rayonnement thermique

Quelles sont ces lois physiques ?  Ce sont essentiellement celles résultant des travaux de Max Planck (1858-1947) et Albert Einstein (1879-1965), au début du XXème siècle, travaux qui nous ont fait comprendre les grands principes des interactions entre les rayonnements et la matière.

Le schéma ci-dessous nous montre qu’un rayonnement (c’est-à-dire une onde électromagnétique telle que la lumière visible, mais encore l’infrarouge, l’ultraviolet, les rayons X, etc.) frappant de la matière, peut être réfléchie par cette matière, et/ou traverser cette matière, et/ou encore être absorbée en totalité ou en partie par cette matière :

Chacun des trois coefficients, R pour la réflexion, A pour l’absorption, T pour la transmission, pourra prendre n’importe quelle valeur entre 0 et 100, en fonction des natures du rayonnement et de la matière, en respectant toutefois la condition de conservation I = R + A + T .

Lorsque l’on décompose la lumière blanche du Soleil à l’aide d’un prisme on observe un éventail de couleurs. On dit que la lumière blanche possède un spectre continu, car on passe d’une couleur à une autre sans interruption dans la succession des couleurs. Tout corps (gazeux ou solide) sous haute pression et à haute température (comme le Soleil), donne naissance à un spectre continu de lumière :

L’examen du spectre visible, illustré par le schéma ci-dessus, qui ne comporte aucune partie noire et brillante, rappelle que le noir est, plutôt qu’une couleur, une absence de couleur.

Les fenêtres ouvertes de cette façade ne laissent rien voir de la pièce qu’elles pourraient découvrir. Contrairement aux murs ou aux vitres des fenêtres fermées, qui réfléchissent la lumière incidente, elles renvoient très peu de lumière visible, ce qui explique leur aspect noir.

Les détecteurs optiques ont pour mission de rendre compte de l’information lumineuse. Cette opération nécessite l’absorption des photons. La pupille de l’œil humain, montre qu’elle apparaît noire. C’est un détecteur. Son aspect noir prouve que la pupille ne renvoie aucun des photons qu’elle reçoit (comme les fenêtres noires ci-dessus) . Ces deux analogies vont nous aider à comprendre la notion théorique de corps noir, précisée sur la figure suivante :

Une étoile comme le Soleil constitue un corps noir. A basse résolution spectrale, le spectre du soleil se superpose à celui d’un corps noir de température 5800 K (5777 K exactement). Et pourtant rien n’est moins noir que le soleil. Il apparaît donc nécessaire de donner une définition précise de ce qu’est un corps noir… qui peut être coloré.

Un corps noir est défini par l’équilibre intime entre sa matière et son rayonnement. Sa température d’équilibre explicite à elle seule la distribution spectrale de son rayonnement.

Le spectre de la lumière solaire

Paradoxe : Le Soleil est le corps noir par excellence . Il existe un équilibre intime entre sa matière, de l’hydrogène qui se transforme en hélium au sien de réactions de fusion nucléaires, et l’énergie libérée qui rayonne dans l’espace.

C’est Max Planck qui a eu le premier l’intuition de la formulation de ce qui est appelé aujourd’hui la Loi du corps noir, ou Loi de Planck. Cette relation permet le calcul d’une grandeur M(λ, T) que l’on nomme l’émittance monochromatique du corps noir .

M(λ, T) s’exprime en watts par mètre carré de source d’émission et par mètre de longueur d’onde du rayonnement, donc en Watts par mètres cubes. C’est donc, pour un corps noir en équilibre thermique à la température thermodynamique T, la densité de puissance transportée dans la raie spectrale de longueur d’onde λ .

Son expression mathématique, non justifiée théoriquement par Planck, est la suivante :

Les valeurs des deux constantes a  et  b  figurant dans l’expression de M(λ,T) sont les suivantes :

Remarque importante :  C’est la température thermodynamique  T = 273 K + θ °C qui est seule pertinente, car la température exprimée en degrés centigrades n’a guère de sens physique . Affirmeriez-vous qu’à une température de 2 °C, vous avez deux fois moins froid qu’à 1 °C ? Par contre, tout le monde sera d’accord pour reconnaître qu’entre 274 K et 275 K, il n’y a guère de différence sensible.

À partir de cette Loi de Planck qui exprime une densité monochromatique, on peut intégrer sur toute l’étendue du spectre de fréquence pour obtenir alors la puissance totale rayonnée par unité de surface (On l’appelle l’émittance totale, en Watts par m2 de surface de la source de rayonnement). C’est la loi de Stefan :

Les courbes tracées sur la figure ci-dessus montrent que la longueur d’onde λm du pic de densité d’énergie se déplace vers les courtes longueurs d’onde lorsque la température T augmente. C’est la Loi de Wien (1864-1928), physicien allemand Prix Nobel de physique 1911 :

C’est l’application de la loi de Stefan qui nous permet d’avancer dans notre compréhension du comportement de l’atmosphère terrestre en calculant l’émittance du Soleil :

( 5780 K est une valeur un peu plus précise de la température thermodynamique de la surface du Soleil, sa partie radiative).

En assimilant le Soleil à une sphère d’un diamètre de 1,4 million de km (R ~ 7.108 m), sa surface d’émission est donc de :

D’où le flux total L du rayonnement solaire dans tout l’espace :

La distance Terre – Soleil est de l’ordre de 150 millions de km. Sur chaque mètre carré de l’espace à la surface de la sphère de 150 millions de km de rayon illuminée par le Soleil, arrive un flux d’énergie d’une puissance donnée par le quotient :
Ces 1400 W/m2 sont le rayonnement solaire moyen aux confins de l’atmosphère terrestre.
Le faisceau d’énergie solaire intercepté par la Terre a une aire  π R2.
L’énergie de ce faisceau se répartit (en 24 h) sur une surface 4 π R2
L’énergie solaire moyenne (moyenne sur l’ensemble de la surface de la Terre, et sur l’année) disponible en un point de la Terre, en l’absence d’atmosphère, ou avec une atmosphère parfaitement transparente au rayonnement, est donc seulement égale au quart de  1400 W/m2  soit environ 350  W/m2
( Les valeurs numériques précédentes sont des arrondis. On pourra retenir les valeurs plus précises ci-après :
1380 W/m2  pour le flux total au sommet de l’atmosphère ( à quelques 12000 m d’altitude donc)
 et 345 W/m2 en moyenne sur 24 heures au zénith d’un point déterminé de la Terre ) .
Sur ces bases, et compte-tenu que le système Terre-atmosphère étant isolé dans l’espace, il ne peut être qu’en équilibre thermique à une certaine température T0. Nous allons donc exprimer cet équilibre thermique dans l’hypothèse d’une atmosphère terrestre transparente au rayonnement , et pour cela nous prendrons en compte deux autres hypothèses :
— Premièrement, une partie du rayonnement incident sera renvoyé dans l’espace par réflexion, selon le schéma ci-dessous :
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On prendra donc en compte un coefficient de réflexion  R = 30 %
Deuxièmement, l’équilibre thermique de la Terre en régime stationnaire (donc toujours avec le même flux solaire constant) signifie que chaque watt absorbé par la planète doit être restitué sous forme de rayonnement infrarouge à basse température.
On peut donc résumer les conditions de cet équilibre thermique de la planète Terre par le schéma ci-dessous :
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Si vous vous reportez à notre billet précédent ( Deuxième Grande Idée pour comprendre la météorologie) vous constaterez que les résultats des mesures satellitaires présentées confirment parfaitement les données théoriques ci-dessus, puisqu’on lit dans le tableau 342 W/m2 pour le flux solaire incident reçu et 236 W/m2 pour le flux infrarouge renvoyé.
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Cet équilibre est réalisé par un rayonnement à basse température (dans l’infrarouge) donné par la Loi de Stéfan qui s’exprime ainsi :
d’où on tire, à l’aide du calcul suivant, la température d’équilibre T0  de la Terre dans le flux de rayonnement solaire :
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Soit :
Manifestement, le calcul que nous venons de faire conduit à un résultat irréaliste, car alors notre planète serrait inhabitable. Heureusement, ce n’est pas le calcul qui est faux, mais les hypothèses adoptées pour le conduire, trop différentes de la réalité physique, et qu’il va donc nous falloir approcher de plus près. L’atmosphère a un comportement beaucoup plus complexe que celui que nous avons admis plus haut.
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Il est donc nécessaire d’en  définir un modèle plus réaliste qui distinguera maintenant trois zones. Entre l’espace et la Terre trouve place désormais une atmosphère très schématique encore, réduite dans son ensemble à un milieu homogène caractérisé par 5 paramètres :
Ta  : une température moyenne
 r   :  l’albédo planétaire (c’est ainsi que l’on comptabilise l’énergie renvoyée par réflexion)
 a  :  un coefficient d’absorption du rayonnement solaire
 t  :  un coefficient de transmission du rayonnement solaire, satisfaisant à la condition :   r + a + t = 1
α  :  un coefficient d’absorption de l’infrarouge 
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Le bilan thermique de la zone en bleu (l’atmosphère) est le suivant :
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Dans cette équation :
 a Φ0  est le flux d’énergie solaire absorbé par l’atmosphère à travers sa surface extérieure
σ (Tt)4  est le flux d’énergie infrarouge rayonné par la planète en équilibre thermique à la température Tt du sol (la surface émissive).
α σ (Tt)4 est la partie de cette énergie qui sera absorbée par l’atmosphère.
 a Φ0 + α σ (Tt)4 , premier membre  du bilan (1), est le flux total d’énergie reçu en régime stationnaire par l’atmosphère.
σ (Ta)4 ,  second membre du bilan (1), exprime le fait que l’atmosphère demeure en équilibre thermique stationnaire parce qu’elle évacue la totalité de l’énergie qu’elle a reçu, énergie émise sous forme de rayonnement à sa température moyenne d’équilibre Ta .
On admettra, pour ce modèle simple, que ce rayonnement total est absorbé pour moitié par la planète, l’autre moitié étant dissipée dans l’espace.
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Écrivons maintenant de la même manière le bilan thermique de la planète :
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Dans cette seconde équation :
 t Φ0  est la partie du  flux d’énergie solaire incident qui n’a été ni réfléchie ni absorbée par l’atmosphère. Ce solde ne peut donc qu’être transmis à la planète.
1⁄2 σ (Ta)4 est la partie du rayonnement de l’atmosphère absorbée par la Terre, (voir plus haut).
σ (Tt)4 , le second membre du bilan, exprime le fait que l’équilibre thermique (en régime permanent) de la planète, se maintient exclusivement sous forme de rayonnement infrarouge à la température Tt du sol (la surface émissive). 
( Du fait de la faible conductivité thermique de l’air, il est inutile dans ce modèle simple d’introduire une transmission par conduction).
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Le système des deux équations (1) et (2) permet donc de déterminer la valeur de chacune des deux températures moyennes introduites : Ta pour l’atmosphère, et Tt pour la planète au niveau du sol  :
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En ajoutant membre-à-membre (de chaque côté du signe =) la relation (1) et la relation (2) au préalable multipliée par 2 de chaque côté, on obtient :
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une équation dans laquelle ne figure plus que la seule inconnue  (Tt)4 , dont on tire alors aisément l’expression :
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Le tableau de calcul ci-dessous fournit la température d’équilibre Tt  de la surface du globe terrestre, en fonction des valeurs numériques des paramètres Φ0, a, t  déjà données précédemment :
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La température moyenne de la planète Terre en situation d’équilibre thermique est trouvée égale à +15 °C .
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On retrouve effectivement la valeur moyenne de 15 °C déjà indiquée dans le tableau récapitulant des moyennes de résultats de mesures satellitaires (voir colonne 2) :
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Revenons un instant sur l’expression obtenue pour cette valeur d’équilibre de la température moyenne sur la Terre :
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On voit tout de suite qu’un des paramètres joue un rôle tout-à-fait particulier dans le résultat. C’est  α , le  coefficient d’absorption de l’énergie infrarouge par l’atmosphère. La valeur qui a conduit au résultat  Tt = + 15°C  est   α = 0,94 . 

On voit que plus cette absorption d’énergie à basse température par l’atmosphère est faible, plus le dénominateur du quotient ci-dessus va augmenter, entraînant ainsi la diminution de la température d’équilibre de la Terre Tt .

Sans cet effet, c’est-à-dire avec  α = 0 , voici ce que l’on obtiendrait :

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Ce résultat si froid ( – 27 °C) est totalement invraisemblable, conclusion qui valide définitivement la nécessité pour expliquer ce que les mesures nous apprennent, de tenir compte d’un effet protecteur de la planète, effet réalisé par l’absorption par l’atmosphère d’une certaine quantité de rayonnement infrarouge. Cet effet se nomme l’effet de serre.  Sans lui, notre planète ne serait pas habitable, en l’absence d’eau sous forme liquide.
Mais que se passe-t-il si la valeur du coefficient d’absorption α augmente ?
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On constate que si α passe de 0,94 aujourd’hui  à 0,97, soit une augmentation de seulement 3,2 %, la température moyenne de la planète augmentera alors de 2 °C, soit une augmentation de 13,3 %.
Avec α = 0,98 eu lieu de 0,94, la température moyenne à la surface de la Terre passerait  à 18 °C,  soit +3 °C, une augmentation de 20 % !
On comprend donc que l’effet de serre, c’est-à-dire la capacité de l’atmosphère à empêcher un refroidissement trop important de la Terre, peut devenir une menace s’il s’emballe et provoque alors un réchauffement climatique catastrophique.
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