La situation stratégique et tactique sur le Vendée Globe devient de jour en jour plus compliquée, mais aussi plus passionnante . Et cela est d’abord vrai pour la course bien réelle qui déroule ses péripéties sur les océans, Atlantique d’abord, puis Indien, et bientôt Pacifique . Mais cela est vrai, mais aussi d’une manière très atténuée et réduite aux seuls efforts intellectuels, pour la course virtuelle qui maintient jour et nuit sous pression ses participants en chambre .
Pour vous en donner une idée, je vais essayer de vous rapporter d’une manière claire et pas trop ennuyeuse, les questions à se poser et à tenter de résoudre, pour figurer d’une manière pas ridicule dans cet événement étrange que constitue le jeu Virtual Regatta.
Point de départ de cette présentation, je vais commencer par vous préciser, à la date d’aujourd’hui jeudi 3 décembre 2020, où se situe mon Imoca virtuel Marinca IV. (Oui, j’ai enfin réussi à faire apparaître, à la place de l’affreux matricule Guest_1695776495 qui désignait mon bateau dans le jeu, le nom beaucoup plus sympathique de mes bateaux successifs : le Sherif Marinca, le Dufour 3800 Marinca II, le Feeling 32 Marinca III, tous les trois bien réels, et maintenant donc l’Imoca totalement virtuel Marinca IV). Voilà donc sa position, dans la course bien réelle (je ne me soucie pas du tout de l’aspect compétition du jeu, l’idée de ses quelques 80 000 participants étant pour moi trop dissuasive) ;
Cette position à 9 h 50 ce matin était la suivante : 34°52’28 » de Latitude Sud ; 26°47’38 » de Longitude Ouest, coordonnées données par le GPS de mon bateau . Sur la figure, c’est le centre du cercle blanchâtre près duquel on peut lire les indications de mon anémomètre : vent d’Est ( 109 °) de 13,8 nœuds .
Je ne peux donc pas faire route directe vers mon but réel : gagner le Sud du Cap de Bonne Espérance, afin de quitter enfin l’Atlantique Sud . Je suis donc une route travers au vent, au cap 180 . C’est pourquoi j’ai choisi pour titre du billet d’aujourd’hui » Vers les Quarantièmes « .
Autres renseignements importants sur la figure :
a) la ligne blanche plus ou moins zigzagante qui retrace la route que j’ai suivie pour parvenir jusqu’ici .
b) les 6 petites marques orange, à l’Ouest de ma route . Ce sont les positions des 6 marins du Vendée Globe réel que je devance quelque peu au classement provisoire suivant qui me placerait à la 24ème place sur 31 bateaux en course :
c) Deux marques A et B en rouge , dans le Sud de ma route . Ce sont l’Anticyclone A et la dépression D qui vont déterminer les conditions de vent avec lesquelles je vais devoir composer dans les prochaines vingt-quatre heures .
C’est là la question capitale . Les outils disponibles pour analyser ces contraintes, et choisir la moins mauvaise décision (Quel cap suivre ? Combien de temps ?), sont essentiellement des cartes de prévisions numériques des vents pour les 72 prochaines heures . En voici une :
Cette carte ( situation en fin d’après-midi du 3 décembre) me montre que tout le secteur d’océan devant moi, du 180° (Sud) jusqu’au 090° (Est) ne me promet que des vents faibles et variables en direction. Il s’agit de ce que l’on appelle en météo un marais barométrique . Il faut absolument passer par l’Ouest, ce qui équivaut à faire marche arrière du point de vue de la course . Heureusement, je sais que tout ce système météo se déplace d’Ouest en Est, mais je ne sais pas à quelle vitesse.
Regardons donc la carte météo suivante, valable pour vendredi 4 au matin :
Elle me promet normalement un bon vent de secteur Nord-Est . La décision que je prends alors la veille à 16 h, c’est d’infléchir ma route vers le Sud-Ouest, ce qu’un bon vent d’Est ( 13,8 nœuds ) me permet . Avec une bonne vitesse, de l’ordre de 15 nœuds, mon spi léger me donne une bonne progression vers les latitudes Sud et devrait me permettre en fin de nuit prochaine de reprendre une route favorable en direction du Cap de Bonne Espérance .
Si Eole le permet !
(à suivre)



