Débuts compliqués dans l’Océan Indien


Voilà quatre jours que je n’ai écrit aucun commentaire sur ce blog sur ma participation au jeu de simulation numérique de la course du Vendée Globe mis en œuvre par Virtual Regatta. L’explication en est que pendant ces quatre jours, aussi bien les participants virtuels que les skippers sur l’océan réel ont du affronter des conditions de course compliquées, vraiment compliquées . Trois facteurs ont contribué à cette complication :

1 – En tête de la course réelle, menée par Charles Dalin, les conditions de mer ont été pendant cette période tempétueuses, avec une énorme dépression australe.

2 – À l’arrière de la course, les conditions étaient tout autres, avec des vents faibles sur de grandes étendues , ce qui a rendu longue et pénible la progression pour franchir le Cap de Bonne Espérance .

3 – Enfin, la présence de la zone d’exclusion antarctique (Z.E.A) interdisant de descendre en latitude au-delà du 46ème parallèle, limitait drastiquement les choix tactiques des coureurs se situant dans les longitudes voisines de celle du Cap de Bonne Espérance .

Je vais donc vous donner quelques détails pour vous permettre de mieux apprécier le contenu de ces trois points .

Point 1 – Les conditions météo à l’Est du Cap de Bonne Espérance

Voici la situation météo calculée par les modèles américains NOOA – GFS pour le mercredi 9 décembre, à 10 h

J’ai ajouté sur la carte deux frontières virtuelles importantes :

a) en violet, le méridien du Cap de Bonne Espérance :  18° E  28′

L’alignement de points rouges ( le plus récent marqué ‘Point 217’) retrace la route que Marinca IV mon Imoca virtuel a suivie pour franchir le cap de Bonne Espérance, dans la nuit de mardi à mercredi, après 30 jours et 12 heures de course, soit 8 jours et 3 heures après Charles Dalin .

b) en rouge, marquée PQ, la limite Sud à ne pas franchir .

Ce texte, je l’écrivais le matin du mardi 8 décembre . Je l’avais intitulé  » Débuts compliqués dans l’Océan Indien  » . Je n’imaginais pas alors à quel point les événements allaient devenir compliqués, justement à cause de la présence de cette limite Sud à ne pas franchir .

Car, de fait, Marinca IV allait la franchir cette limite, et à mon corps défendant, puisque je venais de perdre totalement le contrôle de mon voilier virtuel !

Il est extraordinaire, lorsque j’écris ces lignes, lundi 14 décembre, de réaliser que ce jeu de Virtual Regatta est capable de procurer aux joueurs qui y participent, des émotions et des stress qui ne sont certes que les insignifiantes simulations des vrais angoisses vécues réellement par les vrais skippers dans la vraie course, mais qui n’en existent pas moins pour autant, en miniature dirais-je.

Car je venais soudainement d’être éjecté de ce jeu. Je n’étais plus à bord de mon Marinca IV. Où étais-je ? Perdu en mer dans l’Océan Indien ? Le jeu ne laissait rien supposer de la sorte . Enfermé dans mon habitacle, face à des voyants lumineux éteints d’un bateau soudain privé totalement de contacts radio, de GPS, de pilotes ? Ou bien encore, purement et simplement éliminé de la course, pour violation de l’interdiction de franchissement de la zone de glaces antarctiques ?

Pour ce qui est de ce point là, j’ai vite été rassuré par la réception du message suivant , émis par la Direction de course :

Bon ! Pour cette fois, cela se soldait par un simple avertissement . Mais comment cela avait-il pu arriver ?  Pour le savoir, rien de mieux que de consulter mon Livre de bord, ce document obligatoire que chaque skipper se doit de tenir à jour dans chaque navigation.

Et l’explication est bien là. La dernière inscription avant  » l’événement  » date du mercredi 9 décembre, 10 h 00 :

Vent 6,1 nds    135 ° Tribord –   Cap : 147° – Vitesse : 6,6 nds ( 311 205 e)

Distance totale parcourue : 8597 nm     17 072 milles du but

 44° S 41,5 ‘ 19° E 46,5’

À 10 h le mercredi 9 décembre, il n’y avait rien de particulier à signaler.  Mais lors de ma vacation suivante, vers 13 heures, stupeur !  Plus de réseau internet ! Impossible de se connecter à quoi que ce soit, et en outre plus de ligne téléphonique fixe. L’isolement complet !  Gràce à mon smartphone, je peux tout de même alerter la téléassistance d’Orange, mon fournisseur de connexion internet.  Diagnostic : le module électronique reliant la fibre optique à ma Livebox est le coupable . On m’annonce que je pourrai  l’échanger contre un module neuf vendredi 11 . Ce qui est fait . Je rebranche le tout, et horreur ! toujours pas de signal lumineux à la sortie fibre. Orange se démène, et à 17 heures ce même vendredi 11, un technicien est chez moi . Le sondage de la fibre en injectant dedans une lumière rouge révèle une rupture d’impédance un petit km en amont . Le technicien s’absente une demi-heure, et revient avec le sourire . Dans l’immeuble voisin, qui se trouve abriter une armoire de répartition de la fibre, il a découvert un connecteur mal enfoncé, sur le départ chargé de me fournir le signal ! Et de fait, tout est redevenu normal, et je suis de nouveau connecté au site Virtual Regatta, ce qui me permet de faire le point suivant ( je cite mon livre de bord) :

Vendredi 11 décembre !!  17 h 20  Reprise du contrôle !!

Depuis le  9 décembre, 10 h, jusqu’au 11 décembre, 17 h 20, soit pendant un peu plus de 58 h, mon bateau n’a pas varié du cap 147° (12° plus Sud que le Sud-Est), s’enfonçant donc de plus en plus vers le cinquantième parallèle ( J’ai pu l’arrêter à mi-chemin entre le 47ème et le 48 ème) .

La première chose que je fais est donc d’empanner (virer de bord avec le vent de secteur arrière) , et je me retrouve alors à remonter vers le Nord sur une route au 59 .

(  Point 230 – Reprise du contrôle! )

33 j 4 h 32 ‘

Vent 15,4 nds 124 ° Babord – Cap : 44° – Vitesse : 16,2 nds ( 253 801)

Distance totale parcourue : 8799 nm    16 346 milles du but

La carte ci-dessous , donnant la position de Marinca IV le 11 décembre, rend compte de l’ensemble de l’aventure :

Mais ce n’est qu’aujourd’hui  lundi 14 décembre que je serai de retour du bon côté de la limite Sud des glaces :

Ce retour est montré ici sur la carte, à 5 heures du matin aujourd’hui lundi  14 décembre.   Et j’ai le plaisir de constater que mon anonyme retour à moi, coïncide avec celui beaucoup plus spectaculaire de Jérémie Beyou, le skipper de Charal, un des grands favoris du Vendée Globe, qui eût l’infortune de devoir rentrer aux Sables d’Olonne, puis d’en repartir, avec un handicap incroyablement grand .

(à suivre)

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