Cessons de vivre en orphelins du ciel !


Le 23 avril dernier, dimanche 23 avril pour être plus précis, c’était pour tous les chrétiens le troisième dimanche du Temps Pascal. Et pour les chrétiens de la Paroisse Saint Pierre Cathédrale de Vannes qui avaient reçu le petit livret éclairant le sens de chacun des 7 dimanches de Pâques à la Pentecote, ce 23 avril devait être plus particulièrement consacré à la joie de témoigner. Et, ‘ Pour aller plus loin ‘, notre Pasteur le Père Patrice nous adressait ce message en forme de question :

«  Dans notre cathédrale en chantier de restauration, qu’est-ce que je dois oser dans ma manière de vivre et de penser pour devenir disciple-missionnaire, rempli d’audace pour l’Évangile ?  Si j’avais à proclamer ma foi devant une assemblée, qu’est-ce-que je dirai en premier ?»

L’assemblée évoquée par le Père Patrice, elle peut très bien être constituée des quelques dizaines de lecteurs, plus ou moins fidèles ou intermittents, qui me font l’honneur et le plaisir de s’intéresser aux écrits que je publie, plus ou moins régulièrement moi-aussi, sur mon blog « Partager pour comprendre ».

Et c’est donc devant ces lecteurs que je vais me risquer à proclamer ma foi, avec sans doute ses éclipses, ses à-peu-près, ses insuffisances, ses questionnements, mais aussi avec humilité et surtout une immense espérance.

Et l’inspiration n’a pas tardé, sans que j’ai l’audace de l’attribuer à l’Esprit-Saint. Mais elle est venue vite, en l’occurrence six jours seulement plus tard, sous la forme d’un texte publié dans le journal Le Figaro du 29 avril 2023 :

Ce texte qui m’a immédiatement interpellé est un échange de questions-réponses entre la journaliste Aziliz Le Corre et le philosophe Robert Redeker. Le sujet choisi n’est pas mince, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de répondre à des questions premières comme :

L’âme existe-t-elle ?

Si elle existe, nous survit-elle après notre mort ?

Et cela pour l’éternité ?

Dans un essai majeur qui vient de paraitre, L’Abolition de l’âme (Éditions du Cerf), le philosophe Robert Redeker se questionne en effet sur ce qu’est l’âme et pourquoi le mot et l’idée ont disparu du langage courant comme des ouvrages philosophiques.

C’est bien que les théories de la déconstruction et du matérialisme sont désormais plus que jamais à l’oeuvre, précipitant ainsi le déclin de la spiritualité et du christianisme, renforçant ainsi les certitudes des athées, et décourageant les agnostiques.

C’est donc cet échange de questions et de réponses que je me propose de faire découvrir à tous ceux des lecteurs de ce blog qui doutent fort ou qui sont persuadés que Dieu n’existe pas, qu’il ne peut pas exister, et que donc, après notre mort, tout est irrémédiablement fini.

Je veux leur affirmer que ces tristes certitudes sont trop misérables, que l’Univers et l’humanité qui en peuple une infime parcelle ne peuvent être sortis du néant, par hasard, sans qu’on puisse en imaginer la moindre explication, et cela juste pour retourner au néant.

L’explication d’un Dieu Créateur, et qui nous aime, est beaucoup plus crédible, du moins lorsque l’on veut se donner la peine d’examiner l’ensemble des témoignages, des œuvres réalisées, de l’héritage transmis au travers de la longue chaîne des Saints, durant maintenant plus de deux mille ans.

Telle est ma foi, en tout cas, telle que le Père Patrice m’a demandé de la proclamer.

Voici donc les réponses du philosophe Robert Redeker à la journaliste :

LE FIGARO. Vous publiez L’Abolition de l’âme (Éditions du Cerf), un essai stimulant dans lequel vous déplorez l’effacement de l’âme dans notre culture. Mais qu’est-ce que l’âme ? Comment la définir ?

Robert REDEKER. – Partageons avec Simone Weil cette idée : l’intuition de l’âme est universelle. Cette intuition de soi comme être spirituel, qui navigue du vague au très précis, selon les personnes et les sociétés, distingue l’homme des autres animaux. Ce type de sentiment de soi – sentiment spirituel de soi – est la vraie différence assurant la frontière entre l’homme et les bêtes. Signalant sa bipolarité, il est chez l’homme la trace de son appartenance à un autre monde que le seul monde terrestre.

L’âme est une présence que découvre notre vie intérieure. Elle se révèle à nous dans le mouvement d’approfondissement de cette vie intérieure. De ce fait, elle est la part la plus intime de nous-mêmes. Elle est l’intimité par excellence, taillée dans une autre étoffe que la matière. L’homme est la compénétration de trois réalités, le corps, l’esprit, l’âme; par suite, il vit trois vies, corporelle, intellectuelle, et spirituelle, qui se compénètrent également. Cette présence déchire le ciel, ouvrant l’horizon : « L’âme est un ciel, quand Dieu l’habite», a dit sainte Catherine de Sienne.

L’âme est la réalité intime dernière contre laquelle butent toute déconstruction et destruction. Résistance irréductible, elle se manifeste aux extrêmes, quand tout va très mal. Au plus fort de la détresse, et de la déréliction, sous la torture ou dans la souffrance, quand tout semble perdu, l’invincible vient à paraître, proclamant à son bourreau : tu ne peux me tuer, tu ne peux me détruire. Tu peux anéantir mon corps, mais tu n’as aucun pouvoir sur mon âme. Ainsi Jeanne d’Arc. Ainsi Soljenitsyne. Ainsi sainte Blandine. Ainsi les martyrs. Elle se manifeste en ces occurrences comme une entité d’une autre nature que physique : comme un réel que la mort ne peut atteindre. En ces heures de péril, elle offre par ce biais la révélation de son immortalité.

L’âme est la réalité spirituelle qui se découvre à l’homme dès qu’il brise la carapace de l’ego. « Dans l’enfer, il n’y a pas d’autre pronom que « moi » », écrivit Donoso Cortés. Infernal, changeant le monde en enfer quand on laisse libre cours à sa dictature, le moi est haïssable parce qu’il dresse le barrage empêchant l’homme d’accéder à son âme. C’est qu’il identifie en elle sa rivale, la promesse de sa destitution : quand le moi ramène tout à lui, l’âme culmine dans l’abandon de soi. Le principe du moi est l’égoïsme, la gonflette psychique; celui de l’âme, appuyé sur l’humilité, est l’abandon.

« Le souci de l’âme s’est éclipsé », écrivez-vous en préambule de votre livre. À quoi jugez-vous cela ?

Le soin, le souci et la cure de l’âme sur la base de la philosophie furent, selon Jan Patocka, la marque de la civilisation européenne. Comme dans L’Angélus de Millet, même le plus humble paysan avait souci du salut de son âme. La culture et la vie matérielle du XXe siècle se sont à l’inverse acharnées à éjecter cette âme de la vie collective.

Ouvrez un livre récent de philosophie: le mot« âme», qui fut l’un des plus fréquents chez les philosophes jusqu’à hier matin, a disparu, ou bien n’est plus objet que d’histoire érudite. Il n’est plus pris au sérieux. Écoutez les conversations dans la rue, dans les familles, les débats à la télévision : on ne s’y s’affaire plus autour du salut de l’âme. On traduit« S.O.S.», qui signifie « Sauvez nos âmes », par « sauvez nos vies» ! Sur le mode du refoulement, nous avons effacé le mot pour abolir la réalité qui l’habitait. Les freudiens politiques s’égarent: ce n’est pas le sexe qui est le refoulé de notre civilisation, c’est l’âme. Quand Dieu est le grand refoulé de la politique française des derniers siècles, l’âme est celui de la culture.

Bernanos écrivait, dans La France contre les robots : « La modernité est un complot contre toute forme de vie intérieure. » L’âme fut une évidence, elle ne l’est plus. Quel a été le moment de rupture ?

Le déclin de l’âme est passé par l’émergence de substituts, œuvrant tour à tour à son élimination: le cogito, le moi, la conscience, le sujet, l’inconscient, récemment le cerveau. La seconde partie du XXe siècle a radicalisé cette tendance pour des raisons politiques. Elle voulut achever l’âme ! Elle réputa l’âme et l’intériorité complices du monde bourgeois, qu’il fallait abattre. Elle couvrit de sarcasmes renvoyant à la réaction et à la bêtise les rares intellectuels qui affirmaient encore son existence. La philosophie devint une répudiation de la vérité.

N’est-ce pas vain de parler de l’âme si l’on ne peut prouver son existence, mais seulement la postuler ?

Évidence immédiate, la certitude de l’existence de l’âme est plus assurée que celle du corps, nécessairement immédiate. Au moins une preuve de l’existence de l’âme est à notre disposition. Dans un très grand livre paru en 2013, ‘ Dieu existe ‘ , occulté parce qu’il se travaille plus qu’il ne se lit et qu’il exige des efforts herculéens de son lecteur, le philosophe Frédéric Guillaud détruit un à un les obstacles posés par Kant devant l’entreprise métaphysique de prouver l’existence de Dieu, avant, au moyen d’une rigueur intellectuelle implacable, d’apporter lui-même les preuves de cette existence. Si Dieu existe, l’intuition que nous éprouvons de notre âme est véridique, Dieu ne pouvant être trompeur. Or, établit Guillaud, Dieu existe. Complétons : donc l’âme aussi. Nous retournons ainsi à Descartes, chez qui Dieu garantit l’âme, pour lui donner raison contre Kant.

Faut-il réhabiliter l’âme ?

Rien de plus urgent. Nietzsche s’est voulu médecin de la civilisation. Mon livre est celui d’un urgentiste du spirituel. Pourquoi ? Pour renouer avec la part de nous-mêmes amputée par le siècle précédent. Pour cesser de vivre dans le monde en orphelins du ciel.

Voilà !

De toute évidence, c’est un texte très riche. Si vous avez des commentaires à faire, ou des questions, je serai très heureux de les recueillir. Songez juste à utiliser l’espace destiné aux commentaires, à la fin de ce billet.

Une dernière remarque :

Vous aurez sans doute remarqué dans l’avant-dernière intervention de Robert Rederer sa mention du livre ‘ Dieu existe ‘ de Frédéric Guillaud. Ce livre est effectivement exceptionnel. Quelques 440 pages en une langue limpide et simple à la fois, même si Robert Rederer parle d’efforts herculéens pour aborder ces pages.

D’ici peu, je posterai sur ce blog un nouveau billet afin de vous présenter l’essentiel de cette somme philosophique, puisque le livre n’est plus accessible en librairie, son seul tirage de 2013 étant épuisé. Seuls quelques exemplaires d’occasion sont disponibles sur le Web, à pas moins de 100 € l’exemplaire.

.

Catégories :

Un commentaire

  1. mon cher Pierre, bravo pour cette initiative de témoigner de ton espérance. Je n’ai jamais été très balèze en philo, et surtout déçu que de très grands philosophes n’arrivent pas à tomber d’accord, contrairement aux physiciens, ce qui me pousse à un certain scepticisme philosophique.
    Ma réflexion sur l’âme est simple. La création est une évidence, de rien il ne peut y avoir quelque chose. Il y a donc un projet supérieur, que j’appelle Dieu. Or dans le monde physique, tout s’acharne à s’organiser, contrairement au principe entropique, ce qui confirme ce projet : la matière, puis la vie, puis la pensée, et que ce projet surtout me concerne, comme tout un chacun. L’âme est ce qui est vivant en chacun. Nous avons une âme, qui « anime » notre matière et fait un avec elle, tout ce qui est vivant a une âme. En revanche, tout ce qui est vivant n’a pas accès à la pensée, je constate que l’âme humaine a accès à la pensée de Dieu. J’ai donc le devoir suprême de m’intéresser à ce projet de Dieu sur la création, dont je suis conscient. Et ce que Dieu a créé, nous donnant en plus la possibilité de le penser, comment pourrait-il le faire retourner au néant? Ainsi, nous voilà partis, monde en finitude, pour Dieu qui est « infinitude ». Rien ne devrait nous intéresser davantage que ce qui en découle, en premier chef pour la communauté humaine.
    Que j’aie trouvé dans l’Evangile ma propre espérance, est un autre développement.
    Philippe

Répondre à Philippe PEREZ Annuler la réponse.